En développement, le meilleur n’est souvent pas le mieux

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

En développement, le meilleur n’est souvent pas le mieux

Message par jaime lopez le Mer 15 Mar - 9:57

1988, Yucumo, forêt amazonienne de Bolivie,
Zone de colonisation de paysans andins en territoires indigènes

Les fragiles terres de montagne des communautés de la Cordillère des Andes subissent une forte pression due à la croissance démographique. Les parcelles se morcèlent, la durée des jachères diminue, le couvert végétal se raréfie, la pluie emporte les nutriments, la fertilité des sols décroît, la production est insuffisante… les jeunes sont obligés de partir dans les mines, en Argentine et Chili,…

Le gouvernement ouvre des routes vers l’ouest, pour coloniser les terres « vierges et riches » de la forêt amazonienne… les natifs Tsimane voient débarquer des vagues de paysans des Andes en quête de terres. Les premiers colons s’installent sur leur territoire, défrichent et brûlent et font fuir la faune locale. Ils construisent et peu à peu ils font venir leurs familles et animaux…

Ces animaux ont du mal à s’adapter… les moutons souffrent particulièrement de la chaleur, de l’humidité, de la qualité des végétaux inconnus qu’ils s’efforcent de manger. Les cochons s’en sortent mieux, mais à mesure que le temps passe, la consanguinité les fragilise…
Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières, ONG française appuie les tsimane et les colons à améliorer leurs conditions de vie… Le diagnostic des effets de la consanguinité sur les performances des porcs est réalisé avec le syndicat paysan : AVSF devra rechercher un verrat reproducteur pour rafraîchir le sang des porcs… Deux vétérinaires sont désignés pour acquérir un bon reproducteur lors de la foire annuelle qui a lieu dans la capitale économique à Santa Cruz de la Sierra.

Quelques jours après, les jeunes vétérinaires demandent par radio que le véhicule du projet se dirige à la piste d’atterrissage régionale pour transporter le porc champion de la foire, futur reproducteur au service des colons… Une délégation des responsables du projet se met en route…
A l’atterrissage,  l’excitation est au sommet. L’avionnette se gare, nous somme autorisés à nous rapprocher ; les vétérinaires nous appellent et nous courons accueillir le produit étoile du projet.

Libéré de ses cordes le verrat saute de l’avion et court sur la piste… nous nous regardons sans oser échanger un mot. Nous passerons deux heures à rattraper ce merveilleux exemplaire de l’espèce… il nous sera également très difficile de le monter dans la camionnette et encore plus difficile de le transporter durant 80 km sans qu’il se jette de la voiture ou nous mange un bras… Non sans mal, nous éviterons de nous regarder pendant des heures.
Champion de toute catégorie, le merveilleux exemplaire passera une semaine dans son enclos à essayer de monter une truie. Il en verra défiler au moins une quinzaine, toutes trop petites pour son gabarit…  Le champion terminera sa vie dans notre frigo, et ensuite dans notre poêle. Trop grand pour ses amies, trop cher pour être ramené chez lui….

Leçon : le meilleur du point de vue zootechnique n’est pas toujours le mieux dans notre travail de développement ; nos vétérinaires ont offert au projet le meilleur reproducteur -à l’image de leur institution- perdant de vue l’écart avec les ressources locales : des rêves un peu loin de la réalité…

jaime lopez

Messages : 2
Date d'inscription : 02/03/2017

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum